LE BLOG QUI EN A RAS LE CUL – «Un peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur" De Gaulle

Le jour où l’humanité a basculé

Souvenez vous du 26 novembre 2008.

Mumbaï, Inde… 166 morts, plus de 300 blessés.

Passons la polémique du qui a fait quoi, des commanditaires ou l’idéologie qui a menée à ce massacre. Ils y a plusieurs hypothèses d’ailleurs. Mais, attardons nous plutôt sur quelque chose de beaucoup plus important, quelque chose qui justifie pleinement le titre de ce billet. Le lendemain des attentats, que pouvait on lire dans la presse ??

L’indice 30-share d’ESB, soit l’équivalent indien de l’indice FTSE 100, a terminé la journée d’hier en hausse de 3,8 pour cent. (L’indice FTSE 100 correspond aux 100 plus grosses entreprises anglaises, une sorte de CAC40)

Le marché des actions hausse les épaules face à la menace terroriste pour finir à +1,5%

Suis-je le seul à comprendre ce que cela signifie ? Peut être un titre plus clair aurait été nécessaire pour dérider les cerveaux ramollis, comme par exemple « Les marchés accueillent favorablement les nouvelles attaques terroristes ». Savez-vous bien ce que cela signifie ? Tout simplement que depuis 2008, d’une manière générale, les zones en paix font perdre de l’argent aux marchés.

A l’inverse, souvenez-vous du 11 septembre 2001. C’était encore la période pré-Mumbaï. Voici une coupe de l’indice DJIA (équivalent américain du FTSE, CAC, etc. )

Qu’observe t-on ? L’indice DJIA chute brutalement, puis, petit à petit retrouve son niveau pré-attentats. La chute signifie la crainte de perdre de l’argent. Dans le cas de Mumbaï, c’est un tournant historique. C’est la première fois que des marchés, après une légère hésitation, terminent en hausse le lendemain des attentats ! (le jour même, la bourse a été fermée).

Il y a toujours eu compétition entre deux économies: jusque là, le marché de l’économie quotidienne et pacifique dégageait globalement plus de bénéfices que le marché lié à la guerre et à la sécurité. Dans l’histoire, certains financiers ont, pour l’intérêt de leurs entreprises militaires (le fameux complexe), cherchés à programmer la guerre. Mais, même s’ils étaient puissants, ils restaient minoritaires dans la sphère économique. C’est révolu depuis 2008.

Voici donc le dernier stade de développement de l’esprit de la croissance. La croissance perpétuelle, c’est un emballement, en physique on dit que l’on tend vers une singularité, quelque chose qui va vers l’infini. Jusqu’à la moitié du siècle dernier, la croissance perpétuelle, fut basée, entre autre, sur des concepts amoraux tels que l’obsolescence programmée, mais cela même n’est plus aujourd’hui suffisant. Il faut détruire, construire, détruire, construire, de plus en plus vite. Or, le meilleur moyen d’y parvenir… c’est la guerre. Toutes les zones aujourd’hui en paix, sont des zones en sursis, c’est la loi du marché.

Et devinez quoi, pour arriver à leurs fins, les marchés – qui d’après Fiorentino sont manipulés (ça alors, quelle surprise) – en sont rendu à financer des politiques qui favorisent l’implantation d’idéologies dans nos sociétés qui prônent la guerre, et ce, au nom de la diversité, de la paix et de l’amour… Pour ceux pour qui cela n’est pas encore assez clair, l’homme est prêt a dépenser beaucoup plus pour sauver sa peau que pour aménager son salon.

Je vous invite a relire ces paroles prophétiques d’Orwell dans 1984:

« Si tous, en effet, jouissaient de la même façon de loisirs et de sécurité, la grande masse d’êtres humains qui est normalement abrutie par la pauvreté pourrait s’instruire et apprendre à réfléchir par elle-même, elle s’apercevrait alors tôt ou tard que la minorité privilégiée n’a aucune raison d’être, et la balaierait. En résumé, une société hiérarchisée n’était possible que sur la base de la pauvreté et de l’ignorance.

Revenir à la période agricole du passé, comme l’ont rêvé certains penseurs du début du XXe siècle, n’était pas une solution pratique. Elle s’opposait à la tendance à la mécanisation devenue quasi instinctive dans le monde entier. De plus, une contrée qui serait arriérée industriellement, serait impuissante au point de vue militaire et serait vite dominée, directement ou indirectement, par ses rivaux plus avancés.

Maintenir les masses dans la pauvreté en restreignant la production n’était pas non plus une solution satisfaisante. Cette solution fut appliquée sur une large échelle durant la phase finale du capitalisme, en gros entre 1920 et 1940. On laissa stagner l’économie d’un grand nombre de pays, des terres furent laissées en jachère, on n’ajouta pas au capital-équipement et de grandes masses de population furent empêchées de travailler. La charité d’État les maintenait à moitié en vie.

Mais cette situation, elle aussi, entraînait la faiblesse militaire, et comme les privations qu’elle infligeait étaient visiblement inutiles, elle rendait l’opposition inévitable.

Le problème était de faire tourner les roues de l’industrie sans accroître la richesse réelle du monde. Des marchandises devaient être produites, mais non distribuées. En pratique, le seul moyen d’y arriver était de faire continuellement la guerre.

L’acte essentiel de la guerre est la destruction, pas nécessairement de vies humaines, mais des produits du travail humain. La guerre est le moyen de briser, de verser dans la stratosphère, ou de faire sombrer dans les profondeurs de la mer, les matériaux qui, autrement, pourraient être employés à donner trop de confort aux masses et, partant, trop d’intelligence en fin de compte. […] En principe, l’effort de guerre est toujours organisé de façon à dévorer le surplus qui pourrait exister après que les justes besoins de la population sont satisfaits. […]

La guerre, comme on le verra, non seulement accomplit les destructions nécessaires, mais les accomplit d’une façon acceptable psychologiquement. Il serait en principe très simple de gaspiller le surplus de travail du monde en construisant des temples et des pyramides, en creusant des trous et en les rebouchant, en produisant même de grandes quantités de marchandises auxquelles on mettrait le feu. Ceci suffirait sur le plan économique, mais la base psychologique d’une société hiérarchisée n’y gagnerait rien. »

Publicités

6 Réponses

  1. Carine

    Pour illustrer ce que tu dis et si je puis me permettre :
    http://hoplite.hautetfort.com/archive/2011/03/10/peak-oil.html

    mars 20, 2011 à 12:37

    • Lien interressant, merci. Ceci dit, cela n’a rien à voir avec mon post. Pour ce qui est du pétrole, je n’est pas découvert grand chose. Je me souviens encore très bien de mon institutrice au collège (ça doit faire 15 ans) nous avoir expliqué dans son cours sur les états-unis, que ceux-ci ont décidé dans les années 70 de stopper l’exploitation de leur pétrole et d’acheter celui des autres. Car, c’était ce qu’elle nous racontait, ils avaient fait le calcul simple qu’il faudrait mieux être les derniers à en posséder dans la course à la suprématie. Maintenant, sur le chiffre exact des réserves pétrolières américaines, et sur le fait qu’ils décident de le ré-exploiter à partir de 200 dollars le baril, c’est un détail. L’idée maitresse est là: acheter le pétrole des autres en gardant leur réserves intact, jusqu’à ce qu’ils soient les seuls à en posséder les dernières gouttes pour s’assurer la totale hégémonie planétaire. Tous les pays musulmans, sans pétrole, retourneront de là où le pétrole les a tiré: au statut de nations de bédouins.

      avril 10, 2011 à 12:36

  2. Tu avais déjà  » publié  » ces passages de Orwell …mais je les ai relus avec plaisir …un vrai Machiavel ! …
    D’ ailleurs , j’ai été particulièrement frappée , il y a quelques jours , à propos de la bourse de Tokio ….les spéculateurs se lèchent les babines , en effet , non seulement en achetant et revendant à toute vitesse ce qui croule et remonte …mais à la seule idée de la reconstruction ….
    Ils attendent seulement qu’il n’ y ait plus trop de risques nucléaires …après , ce sera la grande foire d’empoigne …

    mars 20, 2011 à 4:58

    • Parfaitement, t’as tout compris. Que puis-je rajouter encore ? Juste peut être que pour la fameuse foire d’empoigne, les protagonistes ne jouent pas tous dans la même catégorie. Mais après tout, le libre marché a été inventé pour ça: laisser les plus forts écraser les plus faibles. Et tous les coups sont bons pour gagner, bien sûr.

      avril 10, 2011 à 12:39

  3. dine

    personne n’a remarqué l’illogisme de ce passage de 1984 d’Orwell ? :
    « Si tous, jouissaient de la même façon de loisirs et de sécurité, la grande masse d’êtres humains qui est normalement abrutie par la pauvreté pourrait s’instruire et apprendre à réfléchir par elle-même, elle s’apercevrait alors tôt ou tard que la minorité privilégiée n’a aucune raison d’être, et la balaierait. »

    Justement, si tous, jouissaient de la même façon de loisirs et de sécurité, et que tous pouvaient s’instruire et apprendre à réfléchir par eux-même, il n’y aurait pas de masse d’êtres humains abrutie par la pauvreté ! ni de minorité privilégiée !!

    bizarre cette erreur de raisonnement !

    sinon, je pense que la guerre n’est qu’un moyen parmi d’autres pour continuer à faire tourner la machine. créer des besoins toujours nouveaux en est une autre, diffuser le sentiment d’insécurité en temps de paix… etc, et du même coup, ça permet de maintenir les classes moyennes et pauvres sous contrôle… psychique, par la peur, et le désir. classique. y a pas que la guerre. heureusement d’ailleurs. quoiqu’il en soit, le système est en fin de cycle, et doit être mis à terre

    avril 1, 2011 à 9:25

    • Justement, si tous, jouissaient de la même façon de loisirs et de sécurité, et que tous pouvaient s’instruire et apprendre à réfléchir par eux-même, il n’y aurait pas de masse d’êtres humains abrutie par la pauvreté ! ni de minorité privilégiée !!

      Oui, c’est très précisément ce qu’il dit, je ne vois donc pas où est la cohérence. Par ailleurs, c’est le seul passage sur lequel je ne suis pas tout à fait d’accord.

      Oui, la guerre n’est qu’un moyen comme un autre, ceci dit, on sait quelle est l’idéologie qui prône la conquête par les armes des territoires qui ne sont pas encore sous domination. Donc, pour avoir la guerre il faut faire proliférer cette idéologie internationaliste. Pour se faire, rien de mieux que de renverser les dictatures qui l’empêchaient de se répandre. C’est exactement ce qui se passe en Lybie, Egypte, Syrie, Côte d’Ivoire.

      avril 10, 2011 à 12:28

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s