LE BLOG QUI EN A RAS LE CUL – «Un peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur" De Gaulle

Et l’homme créa la vie

Une première scientifique largement passée inaperçue du grand public fut, en 2010, la première synthèse artificielle de la vie. Pour mieux comprendre le cadre de cette première, je vais revenir sur quelques outils nécessaires à la prise de conscience de l’avancée fulgurante de la science biologique alliée à la chimie supra-moléculaire de ces 40 dernières années.

« De la matière à la vie Au commencement fut l’explosion originelle, le Big Bang, et la physique régna. Puis vint la chimie, aux températures plus clémentes. Les particules formèrent des atomes, lesquels s’unirent pour produire des molécules de plus en plus complexes qui, à leur tour, s’associèrent en agrégats et en membranes, donnant ainsi naissance aux premières cellules d’où émergea la vie sur notre planète, voilà quelque 3,8 milliards d’années. De la matière divisée à la matière condensée puis organisée, vivante et pensante, le déploiement de l’Univers nourrit l’évolution de la matière vers un accroissement de complexité par auto-organisation sous la pression de l’information. La tâche de la chimie est  de révéler les voies de l’auto-organisation et de tracer les chemins menant de la matière inerte, par une évolution  prébiotique purement chimique, à la césure de la vie, et par-delà à la matière vivante puis pensante. Elle fournit ainsi  des moyens d’interroger le passé, d’explorer le présent et de jeter des ponts vers le futur. »

-> Jean-Marie Lehn, spécialiste en chimie supramoléculaire, est lauréat du prix Nobel de chimie en 1987, avec Donald Cram et Charles Pedersen. Professeur émérite à l’Université de Strasbourg, professeur honoraire au Collège de France et membre de l’Académie des sciences, Jean-Marie Lehn a créé l’Institut de Science et d’Ingénierie Supramoléculaires (ISIS) de Strasbourg. www-isis.u-strasbg.fr/

Voir absolument sa conférence donnée au Collège de France (du 5 mai 2009… un peu plus d’une demie-heure mais ça vaut vraiment le coup!)  sur les avancées historiques, les bases de la chimie supra-moléculaire et l’émergence des organismes biologiques comme phénomènes auto-organisés « Comment la matière peut-elle devenir complexe ? La réponse, nous l’avons !« .

 

cliquez pour voir la conférence

Si, d’un coté la chime supra-moléculaire avance à grands pas, de l’autre, la biologie des mécanismes du vivant a réalisé des avancées fulgurantes, depuis notamment les études réalisées sur le suicide cellulaire des 30 dernières années. Les conclusions des deux disciplines tendent vers la même réponse. C’est une déstabilisation profonde des postulats qui ont toujours établit les idées de l’être humain sur le monde qui l’entoure: les phénomènes aléatoires où il n’y a pas de place pour un « projet » ni de « dessein », sont à l’origine de l’émergence des organismes vivants via un hasard issue de milliards de combinaisons possibles des molécules et contingent aux lois de la physique, en dehors de toute intentionnalité. (voir la conférence donnée par Jean Claude Ameisen)

C’est exactement la conclusion à laquelle arrive Ameisen dans son remarquable ouvrage:

Alors, une fois le mystère de la vie saisie dans son essence, on pourra encore objecter le fait que les lois physiques sont justement celles qui permettent l’émergence de la vie et que ces lois doivent donc d’être essence divine, c’est-à-dire porter en leur sein la promesse de l’émergence de la vie, être l’œuvre d’un dessein supérieur. Retour vers le principe anthropique: si l’univers est tel qu’il est, c’est parce que s’il était différent, nous ne serions pas là pour l’observer.

Comme d’habitude, on peut repousser plus loin des concepts qui tombent au fur et à mesure que la science avance. Ce qui est intéressant, c’est que justement, il existe des univers virtuels développés par des mathématiciens et des informaticiens où les lois sont totalement différentes de celles qui régissent notre univers. L’un de ces univers à justement pour nom… Le jeu de la vie. En voici les lois:

 

Le jeu de la vie - extrait du livre de Jean-Paul Delahaye (cliquez)

Dans cet univers virtuel, le calcul combinatoire massif rendu possible grâce aux outils informatiques permet de remplacer l’évolution par une étude systématique. Qu’observe t-on ? L’existence possible d’organismes élémentaires qui se dupliquent, qui se déplacent, qui se détruisent… mais dont la structure en tant que telle survie, se développe et parfois disparaît. La vie comme phénomène émergent.

Bestiaire "annimal" du jeu de la vie - extrait du livre de Jean-Paul Delahaye (cliquez)

Alors, voilà, nous y sommes. Après avoir finement étudié les briques du vivant, nous sommes parvenu à créer artificiellement du vivant, à choisir les fonctionnalités de bases d’un organisme. Et ce, dans le monde réel:

 

Science 329, 52, 2010

Science 329, 52, 2010

C’est ainsi que l’article de Gibson se termine:

« Nous avons été le moteur de la discussion éthique concernant la vie synthétique dès les premiers stades de ce travail. Comme vue l’expansion des applications de la génomique synthétique, nous nous attendons à ce que ce travail continue de soulever des questions philosophiques qui ont de larges implications sociétales et éthiques.« 

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2 Réponses

  1. Ton article est vraiment intéressant.
    Par contre je crains qu’aucune avancée scientifique ne puisse prouver que dieu n’existe pas dans la mesure ou cette existence est irréfutable au sens Popperien du terme.
    De même aucune étude épidémiologique sur la schizophrénie ne peut venir à bout des théories de Lacan sur les psychoses … ce qui a tendance à m’agacer un peu par ailleurs.

    février 27, 2011 à 10:01

    • Hanoho

      Jamais lu Popper. Juste quelques citations. (Mais je suis en train de terminer la scatologie, heu, la scolastique freudienne, pas mal du tout même s’il y a pas mal de notions obsolètes maintenant). Bien sûr, l’existence de Dieu ne peut pas être réfutée, par définition. Et même si elle le pouvait, quel croyant cela pourrait-il convaincre, dès lors que la foi est de l’ordre de l’extra logique ?

      « Il est très subtil ; le raisonnement n’y atteint pas, de par l’infinité de sa mesure. Sa conception n’est pas affaire de logique » Katha Upanishad (textes spirituels indiens du IIème siècle av J.C.) première partie, chapitre 2. Bon, c’était la séance, je me la pète 😉

      Non, mais sérieux, ce qui est intéressant avec la religion, c’est que l’un des arguments de base pour le lambda moyen, c’est le nombre d’adeptes. « Mais regardez combien de gens ont la foi! C’est bien qu’il y a quelque chose ! » En bon anglais, c’est ce qui s’appelle la « self-fulfilling prophecy« . Cela c’est toujours passé de cette manière… et cela durera tant que l’espèce humaine règnera sur la petite planète bleue. Un exemple que j’affectionne beaucoup sont les cités mésopotamiennes. Chacune d’entre elle possédait son dieu propre, le vrai, l’unique… qui était conspué comme un faussaire par les cités rivales. Ningirsu à Lagash, Ishtar à Uruk, Assur à Assur, etc. A chaque fois qu’une cité mettait en esclavage sa voisine, cela devenait la preuve de la supériorité de son Dieu, qui, bien sûr, lui avait donné la victoire. Jusqu’à ce que Babylone mette tout le monde d’accord avec Marduk. Bref, c’était un aperçu de ce que devrait vivre l’humanité dans sa globalité quelques siècles plus tard.

      février 27, 2011 à 8:09

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