LE BLOG QUI EN A RAS LE CUL – «Un peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur" De Gaulle

Histoire de la Chute de la Yougoslavie. Entre extrémisme religieux et dette nationale: premier coup d’essai d’une élite financière

Cette fois-ci je traduis un texte de Michel Chossudovsky, professeur d’économie à Ottawa. Mais avant de lui laisser la parole, je voudrais vous présenter l’histoire de la chute de la Yougoslave sous un angle original. (puisque je ne l’ai jamais vue abordée ainsi). Présentation qui viendra éclairer les propos de Chossudovsky.

En 1987, la Yougoslavie est au bord du précipice (dans lequel elle tombera en 1991). Tandis que certains n’ont pas peur de décrire Sarajevo comme un exemple merveilleux de multiculturalisme, l’état plonge chaque jour d’avantage dans une compétition de revendications identitaires et une dette publique qui explose.

Le principe est somme toute assez simple: mettez des cultures inconciliables ensemble, laissez prospérer la pauvreté, vous obtiendrez un cocktail explosif que certains pourraient qualifier de situation idyllique. En effet, vous pourrez écouler vos stocks d’armes et de drogues (« Cataclysme criminel énorme » titrait l’Humanité), mais le plus important: vous pourrez trouver une main d’œuvre servile, survivant en travaillant pour un salaire de misère (près d’un cinquième de la population au chômage et un salaire moyen de 236 euros en janvier 2000) ou vous pourrez encore verser une aide financière en contrepartie d’importations massives de produits issus de vos propres entreprises. Bref, les perspectives sont alléchantes pour la finance internationale.

Toujours est-il que la dette (d’un particulier ou d’un état) provient d’un organisme financier préteur. Qui détenais la dette Yougoslave en 1987 ?

Extrait (New York Time, 25 sept 1987):  « La Yougoslavie a demandé aux banques de l’Ouest un délai pour le remboursement de ses 20 milliards de dollars de dette en attendant qu’un accord de restructuration à long terme soit négocié […] Les paroles du gouverneur adjoint de la Banque nationale, Slobodan Stanojevic, furent rapportées selon ces termes  »En même temps, la Banque nationale a demandé aux banques commerciales étrangères – nos créanciers – par le biais de la Fiducie Manufacturers Hanover de New York…  » (vous noterez au passage le coup de la restructuration… ça sonne étrangement moderne, non ?)

Voilà donc l’organisme qui « gère » la dette Yougoslave en 1987, le Manufacturers Hanover de New York… qui est à sa tête ?

Extrait (New York Time 6 juillet 1986) « Mr. Hauge, président de la Manufacturers Hanover Trust Company et conseiller économique du Président Dwight D. Eisenhower. […] sa femme était vice présidente et directrice de J. Walter Thompson. »

Ouvrons une parenthèse. J. Walter Thompson est la plus grosse boite de pub aux USA et la 4ème dans le monde, rachetée en 1987 par WPP, le plus gros groupe de communication du monde qui possède entre autre Ogilvy – du nom du faux héro que le personnage d’Orwell dans 1984 doit inventer pour la propagande officielle – agence qui, entre autre, mena la campagne de Ségolène Royale pour la présidentielle, mais qui s’occupe aussi de l’image de la FEMA aux USA (agence qui s’occupe des catastrophes, et notamment d’une possible guerre civile et de la mise en place de camps pour la detention des civils, signe que ce qui s’est passé en Yougoslavie est prévu aussi au USA). Ogilvy par ailleurs vole l’état américain: après son témoignage qui envoya deux cadres d’Ogilvy en prison pour avoir surfacturé leur « prestations », Joseph Burke, ancien directeur d’Ogilvy fut licencié. Bref, refermons la parenthèse.

Au mariage de la fifille au papa Hauge, il y avait un certain « Mr. Crenshaw, géologiste à l’Amoco Production Compagny […] et membre de Phi Beta Gamma. »

Deux points intéressants: l’Amoco est l’une des compagnies issue du démantèlement de la Standard Oil en 1911 en vertu de la loi anti-trust (donnant entre autre Exxon, Chevon ou Esso). La Standard Oil fut fondée par Rockefeller (le patriarche de la dynastie, qui fut l’homme le plus riche de tous les temps). Phi Beta Gamma est un club vraiment sympa (La femme de Dick Cheney, Kissinger, Bush, Woolsey (ancien numéro 1 de la CIA), Rice, Clinton en font aussi parti.)

Dès 1975, Hauge était plutôt bien entouré. « Rockefeller, Harimann, […] H. Ford vinrent avec 246 autres invités au diner donné par H. Kissinger. […] Hauge chuchotait son message à Alan Greenspan, président du Conseil économique, puis à Arthur Burns, président de la Réserve fédérale. » (TIME, 10 novembre 1975)

En 2004, la manufacturers Hanover Trust companyfusionnait avec l’empire financier JPMorgan – Rockefeller. « 11/13/2004 Convert Federal JPMorgan Chase Bank, National Association« . Bref, on retrouve toujours les mêmes… Il n’y a pas à dire, la Yougoslavie était entre de bonnes mains.

Pour le volet islam radical et métissage, on peu entendre aujourd’hui « Sarajevo : un exemple de multiculturalité pour l’Europe » comme le clame l’association « Adil Zulfikarpasic » pro musulmans bosniaque invité par UETD brusels un organisme pro Turque qui milite pour la réforme de l’état Belge avec des arguments tels que « quand le premier ministre Belge entonne la marseillaise c’est un dégât incommensurable« . A leur cotés, on observe une schizophrénie (ou hypocrisie) occidentale: Les avions d’agences militaires américaines privées ont permis de ramener d’Iran des combattants djihadistes. Izetbegovic, élu président de la Bosnie en 1990 après la désintégration de la Yougoslavie avait une vision de l’islam qui a fait tâche d’huile dans la région. Dans sa déclaration islamique de 1970, il déclare:

« Il n’y a pas de paix, ni de coexistence entre la religion islamique et les institutions sociales non-islamiques […]. Le mouvement islamique doit et peut prendre le pouvoir dès qu’il est normalement et numériquement fort, à tel point qu’il puisse non seulement détruire le pouvoir non-islamique, mais qu’il soit en mesure d’être le nouveau pouvoir islamique. »

Izetbegovic obtint l’adoubement international de ceux là même qui avaient contribué à le sortir de prison grâce à leur politique économique. A noter qu’Izetbegovic pronait officiellement une Yougoslavie multi-ethnique… On retrouve toujours les discours du double langage dans la bouche des individus défendant ces idées délétères en Europe depuis près de quarante ans.

L’histoire se renouvela avec le Kosovo. Une enquête a été demandé par le congrès américain sur le soutien apporté aux djihadistes par le gouvernement Clinton. Un véto fut opposé à l’enquête. Pourtant le KLA, soutenu par l’intelligentsia de la maison blanche et donc par l’OTAN, n’etait pas un enfant de coeurPour les anglophones, voir cette vidéo exceptionnelle (de 1995) réalisée par Skynew.

Voilà pour l’introduction. Comme je l’ai montré, ce sont les mêmes ingrédients que l’on applique désormais à l’Europe de l’Ouest. Tandis que les tenants du modèle néo-libérale nous expliquent que notre système solidaire est la raison de sa propre faillite… (Pour comprendre les retombées néo-libérales dans les pays de l’ex-Union soviétique voir ici et ). L’article ci-dessous nous montre pourquoi la guerre civile yougoslave était nécessaire, utilisée comme paravent d’une réalité économique délétère tandis que, discrètement, les états sont dépossédés de leurs droits fondamentaux et entièrement placés sous la tutelle des instances financières internationales.

Au sujet de l’auteur de l’article ci-dessous: Professeur d’économie à l’université d’Ottawa (Canada), conseiller économique auprès des gouvernements des pays en développement, consultant pour des organisations internationales dont le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), la Banque de développement d’Afrique, l’Institut africain des Nations Unies pour le Développement Economique et de Planification (AIEDEP), le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), l’Organisation internationale du Travail (OIT), l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et la Commission économique des Nations Unies pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC).

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De: chosso@travel-net.com (M Chossudovsky)

Démantèlement de l’ancienne Yougoslavie, recoloniser la Bosnie

par
Michel Chossudovsky

L’auteur est professeur d’économie à l’Université d’Ottawa.
Copyright by Michel Chossudovsky, Ottawa, 1996. Ce texte peut être affiché. Demander l’autorisation pour la publication sous forme imprimée à l’auteur:
E-Mail: chosso@travel-net.com, fax: 1-613-7892050.

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Alors que les troupes de l’OTAN lourdement armés imposent la paix en Bosnie, la presse et les politiciens décrivent l’intervention occidentale en ex-Yougoslavie comme une noble et terriblement tardive réponse à la flambée des massacres ethniques et des violations des droits de l’homme. Dans le sillage des accords de paix de Dayton de novembre 1995, l’Occident est avide de peindre son auto-portrait en sauveur des Slaves du Sud et de se concentrer sur « le travail de reconstruction » des nouveaux États souverains.

Mais suite à un modèle établi depuis l’avènement de la guerre civile, l’opinion publique occidentale a été induit en erreur. La sagesse conventionnelle, illustrée par les écrits de l’ancien ambassadeur américain en Yougoslavie Robert Zimmermann, est que la situation des Balkans est le résultat d’un nationalisme «agressif», le résultat inévitable de profondes tensions ethniques religieuses enracinées dans l’histoire. (1) De même, beaucoup a été dit au sujet de « l’arène politique des Balkans » et du choc des personnalités: « Tudjman et Milosevic ont mis la Bosnie-Herzégovine en pièces » (2).

Les causes économiques et sociales du conflit proviennent d’une noyade dans un flot d’images et d’analyses qui ne  justifient qu’elle même. La crise économique profonde qui a précédé la guerre civile a longtemps été oubliée. Les  intérêts stratégiques de l’Allemagne et les États-Unis en établissant les bases de la désintégration de la Yougoslavie passé sous silence, tout comme le rôle des créanciers extérieurs et des institutions financières internationales. Aux  yeux des médias du monde entier, les puissances occidentales ne sont pas responsables de l’appauvrissement et de la  destruction d’une nation de 24 millions de personnes.

Mais grâce à leur domination du système financier mondial, les puissances occidentales, à la poursuite de leurs « intérêts stratégiques » collectifs et individuels ont aidé depuis le début des années 1980, à mettre l’économie yougoslave à genoux, contribuant à attiser les conflits sociaux et ethniques latents. Aujourd’hui, les efforts de la communauté financière internationale sont destinés à « aider les États successeurs de la Yougoslavie ravagée par la guerre ». Pourtant, alors que l’attention du monde se concentre sur les cesser-le-feu et autres mouvements de troupes, les créanciers et les institutions financières internationales s’occupent du travail de collecte de la dette extérieure de l’ex-Yougoslavie, tout en transformant les Balkans en un refuge pour la libre entreprise.

Adopté en plusieurs étapes depuis le début des années 1980, les réformes imposées par les créanciers de Belgrade a fait des ravages économiques et politiques qui conduisent à la désintégration du secteur industriel dont la pièce maitresse et le démantèlement de l’Etat providence Yougoslave. En dépit de la politique de non-alignement de Belgrade et de ses importantes relations commerciales avec les États-Unis et la Communauté européenne, l’administration Reagan avait ciblé l’économie yougoslave en 1984 dans une Directive  « secrète sur un sujet sensible » sur la Sécurité Nationale (NSDD 133) intitulé « Politique des Etats-Unis envers la Yougoslavie ». Une version censurée de ce document, déclassifié en 1990, conforte en grande partie une précédente décision (NSDD 54) sur l’Europe publié en 1982. Ces objectifs inclus  « d’intensifié les efforts pour promouvoir une révolution «tranquille» afin de renverser les gouvernements  communistes et leurs partis » …en réintégrant les pays de l’Europe de l’Est dans l’orbite du marché mondial (3).

Les tendances sécessionnistes alimentées par les divisions sociales et ethniques, ont gagné du terrain précisément au cours d’une période d’appauvrissement brutal de la population yougoslave. La première phase de la réforme macro-économique lancé en 1980, peu avant la mort du maréchal Tito « a fait des ravages économiques et politiques […] par un ralentissement de la croissance, une accumulation de la dette extérieure et particulièrement le coût du service publique ainsi que la dévaluation a entraîné une chute du niveau de vie de la classe moyenne yougoslave […] La crise économique menace la stabilité politique […] Elle menace également d’aggraver les tensions ethniques latentes ». (4) Ces réformes s’accompagnent de la signature des accords de restructuration de la dette avec les créanciers officiels et commerciaux également contribué à affaiblir les institutions de l’Etat fédéral et de créer des divisions politiques entre Belgrade et les gouvernements des républiques et provinces autonomes. « Le Premier ministre Milka Planinc, qui devait mener à bien le programme, a dû promettre le FMI une augmentation immédiate du taux d’escompte et beaucoup plus encore pour l’arsenal de mesures reaganienne […]. » (5)

Après la première phase de la réforme macro-économique en 1980, la croissance industrielle a chuté à 2,8% dans la période 1980-87, plongeant à zéro en 1987-88 et à -10% en 1990.(6) Les réformes économiques ont atteint leur apogée sous le gouvernement pro-américain du Premier ministre Ante Markovic. À l’automne 1989, juste avant l’effondrement du mur de Berlin, le gouvernement fédéral du premier ministre s’était rendu à Washington pour rencontrer le président George Bush. Un « paquet d’aide financière » a été promis en échange de réformes économiques radicales, y compris une nouvelle monnaie dévaluée, le gel des salaires, une réduction drastique des dépenses publiques et l’abrogation de la propriété sociale des entreprises en vertu de l’autogestion. (7) Les « traitements économiques »  (lancé en Janvier 1990) ont contribué à ébranler l’État fédéral. Les recettes de l’État qui auraient alimenter les républiques et provinces autonomes ont été utilisées pour le remboursement de la dette de Belgrade via les « club de Paris » et « club de Londres« . Les républiques ont été largement laissées à elles-mêmes ce qui aggrava le processus de fracturation politique. D’un seul coup, les réformateurs avaient réalisé l’effondrement de la structure fiscale fédérale et mortellement blessé son institution politique fédérale. Le FMI a induit une crise budgétaire créant un « un fait économique accompli » ouvrant grand la voie à la sécession Croate et Slovène de Juin 1991.

L’accord avec le FMI

Le programme économique a été lancé en Janvier 1990 sous l’égide du FMI (Stand-By Arrangement ou SBA) et un de la Banque mondiale avec son Prêt d’ajustement structurel (SAL II). Les compressions budgétaires exigeant la redirection des revenus fédéraux au service de la dette ont été propices à la suspension des subventions de Belgrade aux gouvernements des républiques et provinces autonomes alimentant ainsi le processus de balkanisation politique et la sécession. Le gouvernement de Serbie a purement et simplement rejeté le programme d’austérité de Markovic conduisant à une protestation de 650.000 travailleurs serbes contre le gouvernement fédéral. (8) Le mouvement syndical a été unis dans cette lutte: « la résistance des travailleurs dépasse les frontières ethniques, Serbes, Croates, Bosniaques et Slovènes se sont mobilisés […] coudes à coudes avec leurs collègues.« ( 9)

Réformes des entreprises de 1989

Les réformes sur les entreprises de 1989 adoptées par le premier ministre Ante Markovic ont jouées un rôle crucial pour le pilotage du secteur industriel en faillite. En 1990, le taux annuel de croissance du PIB s’est effondré à -7,5% (10). En 1991, le PIB a encore diminué de 15%, la production industrielle s’est effondrée de 21%(11). Le programme de restructuration exigé par les créanciers de Belgrade était destinée à abroger le système des entreprises collectivisées. La Loi sur l’entreprise de 1989 abolit les « organisations d’associations de travailleurs (Baol) » (12). Ces derniers consistaient en des unités de production collectives auto-gérées disposant d’un Conseil d’ouvriers comme principal organe de décision. En 1989 le nouveau droit des entreprises transformait les Boals en entreprises privées capitalistes où le Conseil d’ouvriers était remplacé par un soi-disant « Conseil social » sous le contrôle des propriétaires de l’entreprise et de ses créanciers. (13) « L’objectif était de soumettre l’économie yougoslave à la privatisation massive et au démantèlement du secteur public. Qui veillait à sa mise en œuvre ? La bureaucratie du Parti communiste, et plus particulièrement son bras armé et son organe de renseignement offrirent leur soutien à la politique économique qui imposa le sabordage de la protection sociale de la classe ouvrière yougoslave.« (14)

Refonte du cadre juridique

Un certain nombre de lois ont été mis en place hâtivement grâce à l’assistance d’avocats et de consultants de l’Ouest. Ainsi, une loi sur les banques fut promulguée afin d’en finir avec l’approche sociale des « banques associées« . Plus de la moitié des des banques du pays furent ainsi démantelées, l’accent fut mis sur la formation « d’institutions indépendantes à but lucratif »(15). En 1990, l’ensemble du «système bancaire à trois niveaux», composé de la Banque nationale de Yougoslavie, des banques nationales des huit républiques et des provinces autonomes ainsi que des banques commerciales, a été démantelé sous la supervision de la Banque mondiale (16). [A mettre en parallèle avec l’actualité ? Entre le premier janvier et la mi-avril 2010, les autorités de régulation américaines ont saisi les avoirs de 51 banques « en faillite ». ndlt] Un plan d’ajustement financier se négociait en 1990 à la Banque mondiale. Il devait être adopté par le gouvernement de Belgrade en 1991…

Programmation de la faillite

Les entreprises industrielles furent soigneusement classifiées. En vertu des réformes imposées par le FMI et la Banque mondiale, le crédit au secteur industriel ont été congelé en vue d’accélérer le processus de faillite. les soit-disant « mécanismes de sortie » ont été établi en vertu des dispositions de la loi de 1989 sur des opérations financières (17). Celle-ci stipulait que si une entreprise devait rester insolvable durant 30 jours consécutifs, ou durant 30 jours sur une période de 45 jours, une assemblée avec ses créanciers devait être organiser dans les 15 jours en vue de parvenir à un règlement. Ce mécanisme a permis aux créanciers (y compris les banques nationales et étrangères) à convertir systématiquement leurs prêts en une participation majoritaire dans les entreprises insolvables. En vertu de la Loi, le gouvernement n’a pas été autorisé à intervenir. Dans le cas où un règlement n’est pas atteint, les procédures de faillite ne sont engagées que dans le cas où les travailleurs ne reçoivent pas normalement leurs indemnités de départ (18).

En 1989, selon des sources officielles, 248 entreprises ont été piloté en faillite ou ont été liquidées et 89 400 travailleurs ont été licenciés (19). Au cours des neuf premiers mois de 1990, immédiatement après l’adoption du programme du FMI, 889 autres entreprises totalisant une main-d’œuvre de 525 000 travailleurs ont été soumis aux procédures de faillite (20). En d’autres termes, en moins de deux ans « le mécanisme de déclenchement » (en vertu de la Loi sur les opérations financières) a conduit à la mise à pied de plus de 600.000 travailleurs (sur une main-d’œuvre industrielle totale de l’ordre de 2,7 millions). Les plus grandes concentrations d’entreprises en faillite et de licenciements ont été réalisé en Serbie, en Bosnie-Herzégovine, en Macédoine et au Kosovo (21).

De nombreuse entreprises collectives ont tenté d’éviter la faillite en ne payant pas leurs salariés. Un demi-million de travailleurs, soit environ 20% de la main-d’œuvre industrielle n’ont pas été payés pendant les premiers mois de 1990, afin de répondre aux demandes des créanciers en vertu des procédures de « règlement » stipulées dans la loi sur les organismes financiers. Les gains réels ont été en chute libre, les programmes sociaux se sont effondrés, avec les faillites des entreprises industrielles le chômage est devenu endémique, créant au sein de la population une atmosphère de désespoir. »Lorsque M. Markovic a finalement commencé sa « privatisation programmée », les oligarchies républicaines, qui y voyaient toutes leur propre « renaissance nationale » choisir la guerre plutôt qu’un véritable marché yougoslave et l’hyperinflation, ce qui permit de déguiser les véritables causes de la situation économique catastrophe » (22).

En janvier 1990 le FMI parraina une réforme qui contribua sans équivoque à une augmentation des pertes précipitant de nombreuses entreprises à la faillite, parmi lesquelles les plus grandes entreprises de production d’électricité, de machines, d’ingénierie, des entreprises chimiques et de raffinage de pétrole. En outre, avec la libéralisation du régime commercial de janvier 1990, une inondation de produits importés ont contribué à déstabiliser davantage la production nationale. Ces importations ont été financés par des emprunts octroyés au titre du programme du FMI (ie. les diverses « prêts à décaissement rapide » accordé par le FMI, la Banque mondiale et les donateurs bilatéraux à l’appui des réformes économiques)[ou comment prêter de l’argent qui revient à leur donateur tout en laissant la victime endettée. Le processus de mise en esclavage par « l’aide financière » apportée aux pays endettés est désormais bien connu. ndlt]. Tandis que l’euphorie des importations a généré l’accumulation de la dette extérieure yougoslave, la hausse brutale des taux d’intérêt et les prix d’entrée imposés aux entreprises nationales a accéléré le déplacement et l’exclusion des producteurs nationaux de leur propre marché national.

« Le dégraissage des travailleurs excédentaires »

La situation qui prévaut dans les mois précédant la sécession de la Croatie et de la Slovénie (Juin 1991) (confirmée par les chiffres de faillite 1989-90) souligne l’ampleur et la brutalité des processus de démantèlement industriel. Les chiffres, toutefois, apportent une image partielle, n’illustrant la situation qu’au début du « programme faillite ». Celui-ci s’est poursuivie sans relâche durant toute la période de la guerre civile et ses conséquences inéluctables… De semblables programmes de restructuration industrielle ont été imposés par les créanciers extérieurs sur les Etats successeurs de la Yougoslavie.

La Banque mondiale a estimé qu’il y avait encore en Septembre 1990, 2435 entreprises « déficitaires » sur un total restant de 7531. (23) En d’autres termes, ces 2435 entreprises avec un effectif combiné de plus de 1,3 millions de travailleurs ont été classés comme « insolvable » en vertu des dispositions de la Loi sur les opérations financières, ce qui nécessitait la mise en œuvre immédiate des procédures de faillite. Ayant à l’esprit que 600.000 travailleurs avaient déjà été licenciés par les entreprises en faillite avant Septembre 1990, ces chiffres indiquent que quelque 1,9 millions de travailleurs (sur un total de 2,7 millions) avaient été classés comme « inutiles ». La « faillite » des entreprises concentrées dans l’énergie, l’industrie lourde, la transformation des métaux, les forêts et les textiles étaient parmi les plus grandes entreprises industrielles du le pays représentant (en Septembre 1990) 49,7% du total de la main-d’œuvre industrielle. (24)

Politique de désagrégation

Soutenant à de larges intérêts stratégiques, les mesures d’austérité avaient jeté les bases de « la recolonisation » des Balkans. Lors des élections multipartites de 1990, la politique économique a été au centre du débat politique, les coalitions séparatistes ont évincé les communistes en Croatie, en Bosnie-Herzégovine et en Slovénie.

Suite à la victoire décisive en Croatie du parti de droite  « Union démocratique » en mai 1990 sous la direction de Franjo Tudjman, la séparation de la Croatie recevait l’assentiment formel de l’Allemagne via son ministre des Affaires étrangères M. Hans Dietrich Genscher, qui était en contact presque quotidien avec son homologue croate de Zagreb (25). L’Allemagne était non seulement favorable à une sécession mais essayait aussi de « forcer le rythme de la diplomatie internationale » en faisant pression sur ses alliés occidentaux pour qu’ils accordent une reconnaissance à la Slovénie et à la Croatie [lire à ce sujet « Minorités et régionalisme dans l’Europe fédérale des régions, enquête sur le plan allemand qui va bouleversé l’Europe » ndlt.] Les frontières de la Yougoslavie ne sont pas sans rappeler la Seconde Guerre mondiale, lorsque la Croatie (y compris les territoires de Bosnie-Herzégovine) fut un satellite de l’Axe sous le régime fasciste Oustachis: « l’expansion allemande a été accompagnée d’une montée du nationalisme et de la xénophobie […] L’Allemagne cherchait, à travers ses alliés, à poursuivre librement la domination économique de l’ensemble de la Mitteleuropa.« (26) « Washington, d’autre part, promulguait une unité utopique en encourageant le développement démocratique… [la secrétaire d’Etat américaine] Baker déclara [au président de la Croatie] Franjo Tudjman et [au président] slovène Milan Kucan que les États-Unis ne sauraient encourager ou soutenir une sécession unilatérale […] mais s’ils voulaient leur indépendance, il leur demanda de le faire par un accord négocié. » (27)

La reconstruction d’après-guerre

Les réformes économiques actuellement imposées aux « Etats successeurs » [l’article est rédigé en 1996, ndlt] sont un prolongement naturel et la poursuite de celles déjà mis en œuvre dans la Yougoslavie fédérale. À la suite tragique d’une guerre brutale et destructrice, les perspectives de la reconstruction des républiques nouvellement indépendantes apparaissent sombres [La guerre du Kosovo n’a pas encore éclatée ! ndlt]. Malgré un silence total de la presse sur le sujet, le rééchelonnement de la dette fait partie intégrante du processus de paix. L’ex-Yougoslavie a été dépecée sous l’étroite surveillance de ses créanciers extérieurs, la dette extérieure a été soigneusement répartie et attribués aux républiques. Les programmes de privatisation mis en œuvre sous la supervision des bailleurs de fonds, ont contribué à une nouvelle étape de la dislocation économique et de la paupérisation de la population. Le PIB a diminué de près de 50% en quatre ans (1990-93) (28).

En outre, les dirigeants des nouveaux Etats souverains ont pleinement collaboré avec les créanciers: « Tous les dirigeants actuels de l’ex-république yougoslaves ont été des fonctionnaires du Parti communiste et chacun à son tour de répondre avec empressement aux exigences de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, d’autant plus pour remporter la course aux prêts d’investissement et les avantages substantiels du leadership […] L’industrie et la machinerie étatique ont été pillés par les fonctionnaires. On montre que les « entreprises privées » sont gérées par des membres de la nomenklatura » (29).

Au moment même où les combats faisaient rage, la Croatie, la Slovénie et la Macédoine avait entamé des négociations de prêt distinct avec les institutions de Bretton Woods. En Croatie, le gouvernement du président Franjo Tudjman signa en 1993 un accord avec le FMI. Les coupes budgétaires massives mandatées en vertu de l’accord contrecarrèrent les efforts de la Croatie à mobiliser ses propres ressources productives, compromettant ainsi la reconstruction d’après-guerre. Le coût de la reconstruction de l’économie croate ravagée par la guerre a été estimé à quelque 23 milliards de dollars, nécessitant un afflux de nouveaux emprunts à l’étranger. En l’absence de « remise de dette « , le fardeau de la dette de Zagreb sera un poids à porter pour une bonne partie du 21e siècle.

En échange de prêts étrangers, le gouvernement du président Franjo Tudjman a accepté de réformer et de passer des mesures engendrant d’autres fermetures d’usines et d’autres faillites, conduisant à des salaires atteignant un niveau incroyablement bas. Le taux de chômage officiel est passé de 15,5% en 1991 à 19,1% 1994 (30). Zagreb a également institué une loi beaucoup plus stricte sur les faillites, ainsi que sur les procédures pour « le démembrement » des grandes entreprises publiques de services publics. Selon sa « lettre d’intention » adressées aux institutions de Bretton Woods, le gouvernement croate avait promis de restructurer et de privatiser complètement le secteur bancaire avec l’aide de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et la Banque mondiale. Ces derniers ont également demandé aux croates l’ouverture du marché des capitaux de manière à accroître la pénétration des investisseurs institutionnels et sociétés de courtage des pays de l’Ouest.

En vertu de l’accord signé en 1993 avec le FMI, le gouvernement de Zagreb, suivant la politique budgétaire et monétaire, n’a pas été autorisé à mobiliser ses propres ressources productives. Ces dernières ont été fermement  placées sous le contrôle de ses créanciers extérieurs. Les coupes budgétaires massives exigées en vertu de l’accord avaient devancé la possibilité de la reconstruction d’après-guerre. Celle-ci ne pouvant être réalisée que grâce à l’octroi de l’argent frais étranger, un processus qui alimente encore la dette extérieure que la Croatie devra supporter au 21ème siècle. Le coût de la reconstruction de l’économie ravagée par la guerre en Croatie a été estimée à quelque 23 milliards de dollars …

La Macédoine a suivi un parcours économique similaire. En Décembre 1993, le gouvernement de Skopje a décidé de comprimer les salaires réels et de geler les crédits en vue d’obtenir un prêt dans le cadre du FMI Systemic Transformation Facility (FTS). De manière inhabituelle, le magnat multi-milliardaire George Soros a participé au groupe de soutien international composé du gouvernement des Pays-Bas et de la Banque of International Settlements basée à Bâle. L’argent fourni par le Groupe n’était cependant pas destiné à la « reconstruction », mais plutôt à permettre à Skopje de rembourser les arriérés de la dette envers la Banque mondiale. (31)

En outre, en contrepartie d’un rééchelonnement de la dette, le gouvernement du Premier ministre macédonien Branko Crvenkovski a dû consentir à la liquidation du reste des entreprises « insolvables » et à la mise à pied des travailleurs « inutiles » – comprenant les employés de la moitié des entreprises industrielles du pays. En tant que vice ministre des Finances, Hari Kostov sobrement noté, avec des taux d’intérêt atteignant des niveaux astronomiques en raison des réformes bancaires financés par les donateurs, qu’ « il était matériellement impossible de trouver une entreprise dans le pays qui serait en mesure de couvrir […] [ses] coûts. »( 32)

Dans l’ensemble, le programme économique du FMI constitua pour la Macédoine la continuation du « programme de la faillite » lancé en 1989 pour la Yougoslavie fédérale. Les actifs les plus rentables sont maintenant en vente sur le marché boursier macédonien, mais cette vente aux enchères des entreprises collectives a conduit à l’effondrement industriel et au chômage endémique.

Pourtant, malgré la destruction systématique de l’économie et la désintégration des écoles et des centres de santé au titre des mesures d’austérité, le ministre des Finances Ljube Trpevski informa fièrement la presse que « la Banque mondiale et le FMI ont placé la Macédoine parmi les nations les plus performantes au regard des réformes actuelles. » Le chef de la mission du FMI en Macédoine, M. Paul Thomsen, reconnaît que « les résultats du programme [de stabilisation dans le cadre du] STF ont été impressionnants » apportant un crédit particulier et confortant « la politique efficace des salaires », adopté par le gouvernement de Skopje. (33)

Reconstruction de la Bosnie-Herzégovine

Avec le retour de la paix en Bosnie, obtenu visiblement par les armes OTANiennes, l’Occident dévoila son programme de « reconstruction » qui dépouilla totalement la Bosnie-Herzégovine de sa souveraineté économique et politique. Ce programme consiste en grande partie à développer la Bosnie-Herzégovine comme un territoire divisé sous l’occupation militaire de l’OTAN et de l’administration des pays de l’Ouest. [Sur le rôle de l’OTAN comme armée globale, écoutez le discours donné aux soldats US, ndlt]

En accord avec les accords de Dayton de Novembre 1995, les États-Unis et l’Union européenne ont installé une administration coloniale à part entière en Bosnie. A sa tête fut nommé le Haut Représentant (HR) M. Carl Bildt, ancien Premier ministre suédois et représentant européen dans les négociations de paix en Bosnie [sujet de nombreuses controverses, notamment pour ses activités d’hommes d’affaires et les conflits d’intérêts induits – entre autre connecté à Gazprom – et son approche très pro-Israël – il soutient l’idée d’écarter le Hamas de la table des négociations (confirmant mon sentiment qu’une islamisation de la Palestine est désirée), ndlt.]. Le HR a les pleins pouvoirs exécutifs dans tous les domaines civil et a le droit de passer outre les gouvernements de la Fédération de Bosnie et les Serbes de Bosnie de la Republika Srpska. Le HR agit en liaison étroite avec le haut commandement militaire IFOR ainsi qu’avec les organismes donateurs.

Une force de police civile internationale est sous l’autorité d’un commissaire expatrié nommé par le secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, M. Boutros Boutros-Ghali, disposant de quelque 1.700 policiers venus de quinze pays dont la plupart n’ont jamais mis les pieds dans les Balkans, et qui ont été envoyés en Bosnie après une formation de cinq jours à Zagreb.

Tandis que l’Occident souligne son soutien à la démocratie, l’Assemblée parlementaire mis en place en vertu de la « Constitution » finalisée en vertu des Accords de Dayton, agit largement comme un « tampon ». Derrière la façade démocratique, le pouvoir politique réel est entre les mains d’un « gouvernement parallèle » dirigé par le Haut Représentant et géré par des conseillers expatriés.

De plus, la Constitution issue des accords de Dayton remet les rênes de la politique économique entre les mains des institutions de Bretton Woods et de la banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) basée à Londres [banque crée sur une idée de Mitterrand en 1991 pour « aider » les anciennes républiques soviétique, ndlt]. L’article VII stipule que le premier gouverneur de la Banque centrale de Bosnie-Herzégovine doit être nommé par le FMI et « ne doit pas être un citoyen de Bosnie-Herzégovine ou d’un État voisin »

Tout comme le gouverneur de la Banque centrale est une personne nommée par le FMI, la Banque centrale n’est pas autorisé, en vertu de la Constitution, à fonctionner comme une banque centrale: « Pendant les six premières années […] il ne favorisera pas le crédit par la création de monnaie, opérant ainsi comme une caisse d’émission monétaire. » (article VII). Le nouvel Etat « souverain » successeur n’a ni le droit d’avoir sa propre monnaie (l’émission de monnaie papier sera autorisée uniquement lorsqu’il y a une équivalence de monnaie étrangère en réserve), ni le droit de mobiliser ses ressources internes. Comme dans les autres républiques, sa capacité à auto-financer sa reconstruction (sans accroître considérablement sa dette extérieure) est émoussé dès le départ…

La gestion de l’économie bosniaque a été soigneusement répartie entre les organismes donateurs: tandis que la Banque centrale est sous la garde du FMI, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) est à la tête de la Commission des entreprises publiques, qui supervise les opérations de toutes les entreprises du secteur public, comprenant l’énergie, l’eau, les services postaux, les routes, les voies ferrées, etc. Le président de la BERD nomme le président de la Commission, qui supervise également la restructuration du secteur public. Ce qui signifie concrètement la vente des biens d’État appartenant à la collectivité et l’acquisition des actifs de long terme par les fonds d’investissement.

On ne peut pas éluder une question essentielle: la Constitution de Bosnie, formellement ratifiée entre les chefs d’État à Dayton est-elle vraiment une constitution? Un sombre et dangereux précédent vient d’être créé dans l’histoire des relations internationales: les créanciers occidentaux ont incorporé leurs intérêts dans une Constitution écrite à la hâte. D’après celle-ci, les postes de direction au sein de l’Etat bosniaque doivent être détenus par des non-citoyens, nommés par les institutions financières de l’Ouest. Aucune assemblée constitutionnelle, aucune consultation avec les organisations citoyennes de Bosnie-Herzégovine, aucune modification constitutionnelle n’est possible…

Le gouvernement estime que les coûts de la reconstruction en Bosnie atteindra 47 milliards de dollars. Les donateurs occidentaux ont promis 3 milliards de dollars en prêts pour la reconstruction, mais seulement 518 millions de dollars ont été octroyés en Décembre 1995, dont une partie est destinée (selon les termes des Accords de paix de Dayton) à financer les coûts civils locaux imputés à la Force militaire OTANnienne (IFOR), ainsi qu’à rembourser les arriérés de la dette aux créanciers internationaux.

En un tour de passe-passe, « de nouveaux prêts » ont été conçus pour rembourser des « dettes anciennes ». La Banque centrale des Pays-Bas a généreusement fourni un « financement provisoire » de 37 millions de dollars. L’argent, toutefois, est destinée à permettre à la Bosnie de rembourser ses arriérés au FMI, une condition sans laquelle le FMI n’aurait pas autorisé le prêt d’argent frais. (35) Il y a un paradoxe cruel et absurde [pas absurde pour tout le monde, ndlt]: le prêt obtenu auprès du FMI nouvellement créé, nommé « Fenêtre de secours » et destiné aux pays dits de « post-conflit » ne seront pas utilisés pour la reconstruction d’après-guerre. Au lieu de cela il devront être utilisé pour rembourser la Banque centrale des Pays-Bas qui a lâché de l’argent afin de régler en premier lieu les arriérés du FMI… Tandis que la dette s’accumule, aucune nouvelle ressource financière n’afflue en Bosnie pour reconstruire son économie ravagée par la guerre…

Les multinationales ont un œil sur les champs pétrolifères de Bosnie

les gouvernements et les sociétés occidentales montrent plus leur intérêt pour l’accès aux ressources naturelles stratégiques que leur engagement à la reconstruction de la Bosnie. Des documents entre les mains des croates et des Serbes de Bosnie indiquent que les gisements de pétrole et de charbon ont été identifiées sur le versant oriental des Dinarides, une région rebelle repris aux Serbes de Bosnie Krajina par l’armée croate durant l’offensive finale précédent les accords de paix de Dayton. Les représentants bosniaques rapportent que la compagnie Amoco basée à Chicago [voir mon introduction plus haut, ndlt] a, parmi de nombreuses autres entreprises étrangères, entreprit des recherches exploratoires en Bosnie. L’Ouest est soucieuse de développer ces régions: « La Banque mondiale – et les multinationales qui conduisent les opérations – sont [août 1995] réticents à divulguer leurs derniers rapports d’exploration aux gouvernements combattant tandis que que la guerre continue. » (36) En outre, il y a aussi des « gisements de pétrole substantiel dans la zone tenue par les Serbes de Croatie, de l’autre côté de la rivière Sava, dans la région de Tuzla« .(37) Cette dernière, en vertu de l’Accord de Dayton, est sous l’autorité de l’armée américaine qui a son siège à Tuzla.

La partition territoriale de la Bosnie entre la Fédération de Bosnie-Herzégovine et les Serbes de Bosnie de la Republika Srpska, en vertu des Accords de Dayton, prend ainsi une importance stratégique, les 60.000 soldats de l’OTAN sur place pour « imposer la paix » administre la partition territoriale de la Bosnie-Herzégovine en conformité avec les intérêts économiques occidentaux.

La souveraineté nationale est dérogé, l’avenir de la Bosnie est décidé à Washington, à Bonn et à Bruxelles plutôt qu’à Sarajevo… Le processus de « reconstruction » basé sur le rééchelonnement de la dette est plus susceptible de plonger la Bosnie-Herzégovine (ainsi que les autres républiques de l’ex-Yougoslavie) dans l’état d’un pays du Tiers-Monde.

Alors que les dirigeants locaux et les intérêts occidentaux se partagent les dépouilles de l’économie yougoslave, la fragmentation du territoire national et l’enracinement des divisions socio-ethniques dans la structure de la partition est utilisé comme rempart à une résistance unie des Yougoslaves de toutes origines ethniques contre la recolonisation de leur patrie.

Remarques finales

la restructuration macro-économique appliquée en Yougoslavie en vertu de l’agenda politique néolibérale a clairement contribué à la destruction de tout un pays. Pourtant, depuis le début de la guerre en 1991, le rôle central de la réforme macro-économique a été soigneusement négligée et niée par les médias mondiaux. Le « marché libre » a été présenté comme la solution, la base de la reconstruction d’une économie dévasté par la guerre. Un histoire détaillée de la guerre et du processus de « pacification » a été présenté par la presse grand public. L’impact social et politique de la restructuration économique en Yougoslavie a été soigneusement écartée de notre conscience sociale et de la compréhension collective de « ce qui s’est réellement passé ». Divisions culturelles, ethniques et religieuses sont mis en évidence, présenté dogmatique comme la seule cause de la crise alors qu’en réalité elles sont les conséquences [elles sont l’autre versant de l’artillerie utilisée pour démanteler les nations ! ndlt] d’un processus beaucoup plus profond de fracturation économique et politique.

Cette « fausse perception » a envahi toutes les sphères de discussion et de débat critique [en 1996, à l’époque où l’auteur écrit ces mots quiconque parle du rôle néfaste des agences financières internationales est accusé de « conspirationnisme ». Depuis Seattle est passé par là. ndlt]. Elle ne masque que la vérité, elle nous empêche également de connaître précisément les événements historiques. En définitive, elle fausse les véritables sources de conflits sociaux. L’unité, la solidarité et l’identité des Slaves du Sud ont leur fondement dans l’histoire, mais cette identité a été contrarié, manipulé et détruite.

La ruine d’un système économique, y compris la reprise des actifs productifs, l’extension des marchés et « la lutte pour le territoire » dans les Balkans constituent la cause réelle du conflit. Ce qui est en jeu en Yougoslavie, ce sont les vies de millions de personnes. Les réformes macro-économiques ont détruit leurs moyens de subsistance, viole leur droit au travail, à se nourrir, à posséder un abri, détruit leur culture et leur identité nationale… Les frontières sont redéfinis, l’ensemble du système juridique est remanié, les entreprises collectives sont vouées à la faillite, le système financier et bancaire est démantelé, les programmes sociaux et les institutions sont détruites…

Rétrospectivement, il est utile de rappeler les réalisations économiques et sociales de la Yougoslavie dans la période post-guerre (avant 1980): la croissance du PIB était en moyenne de 6,1 par an sur une période de vingt ans (1960-1980), il y avait des soins médicaux gratuits avec un médecin pour 550 habitants, le taux d’alphabétisation était de l’ordre de 91% et l’espérance de vie était de 72 ans (37)

La Yougoslavie est un « miroir » de la restructuration économique et des programmes similaires appliqués non seulement dans les pays en développement, mais aussi ces dernières années aux États-Unis, au Canada et en Europe de l’Ouest… « Une forte médication économique » est la réponse apportée. A travers le monde, les gens sont amenés à croire qu’il n’y a pas d’autre solution: les entreprises doivent être fermées, les travailleurs doivent être licenciés et les programmes sociaux doit être réduits… C’est dans le contexte qui précède que la crise économique en Yougoslavie doit être compris. Poussé à l’extrême, les réformes en Yougoslavie sont le reflet d’un « modèle économique » cruellement destructeur, imposé par l’agenda néolibéral, sur les sociétés nationales à travers le monde.

(1). Voir le compte rendu de Warren Zimmermann (ancien ambassadeur américain en Yougoslavie), « Le dernier ambassadeur, un mémoire de l’effondrement de la Yougoslavie », Affaires étrangères, Vol 74, numéro 2, 1995.

(2). Milos Vasic et al, « War Against Bosnia », Vreme News Digest Agency, No. 29, 13 April 1992.

(3). Sean Gervasi, « Germany, US and the Yugoslav Crisis », Covert Action Quarterly, No. 43, Winter 1992-93.

(4). Ibid

(5). Dimitrije Boarov, « A Brief Review of Anti-inflation Programs, the Curse of Dead Programs », Vreme New Digest Agency, No. 29, 13 April 1992.

(6). World Bank, Industrial Restructuring Study, Overview, Issues and Strategy for Restructuring », Washington DC, June 1991, p. 10 and 14.

(7). Sean Gervasi, op cit.,

(8). Ibid.

(9). Ralph Schoenman, « Divide and Rule Schemes in The Balkans », The Organiser, 11 September 1995.

(10). World Bank, op cit., p. 10. The term GDP is used for simplicity, yet the concept used in Yugoslavia and Eastern Europe to measure national product is not equivalent to the GDP concept under the (Western) system of national
accounts.

(11). See Judit Kiss, Debt Management in Eastern Europe, Eastern European Economics, May-June 1994, p. 59.

(12). World Bank, op cit

(13). Ibid, p. viii.

(14). Ralph Schoenman, « Divide and Rule Schemes in The Balkans », The Organiser, 11 September 1995.

(15). For further details see World Bank, Yugoslavia, Industrial Restructuring, p. 38.

(16). Ibid., p. 38.

(17). Ibid., p. 33.

(18). Ibid., p. 33

(19). Ibid, p. 34. Data of the Federal Secretariat for Industry and Energy, Of the total number of firms, 222 went bankrupt and 26 were liquidated.

(20). Ibid., p. 33. These figures include bankruptcy and liquidation.

(21). Ibid, p. 34.

(22). Dimitrije Boarov, op. cit.

(23) World Bank, Industrial Restructuring p. 13. Annex 1, p. 1.

(24). « Surplus labour » in industry had been assessed by the World Bank mission to be of the order of 20 percent of the total labour force of 8.9 million, –ie. approximately 1.8 million. This figure seems, however, to grossly underestimate the actual number of redundant workers based on the categorisation of « insolvent » enterprises. Solely in the industrial sector, there were 1.9 million workers (September 1990) out of 2.7 million employed in enterprises classified as insolvent. See World Bank, Yugoslavia, Industrial Restructuring, Annex 1.

(25). Sean Gervasi, op. cit., p. 65

(26). Ibid., p. 45

(27). Zimmermann, op. cit.

(28). Figure for Macedonia, Enterprise, Banking and Social Safety Net, World Bank Public information Center, 28 November 1994.

(29). Ralph Schoenman, « Divide and Rule Schemes in The Balkans », The Organiser, 11 September 1995.

(30) « Zagreb’s About Turn », The Banker, January 1995, p. 38.

(31) See World Bank, Macedonia Financial and enterprise Sector, Public Information Department, November 28, 1995.

(32) Statement of Macedonia’s Deputy Minister of Finance Mr. Hari Kostov, reported in MAK News, April 18, 1995.

(33) Macedonian Information and Liaison Service, MILS News, 11 April 1995.

(34) See International Monetary fund, Bosnia and Herzegovina becomes a Member
of the IMF, Press Release No. 97/70, Washington, December 20, 1995.

(35) Frank Viviano and Kenneth Howe, Bosnia Leaders Say Nation Sit Atop Oil Fields, The San Francisco Chronicle, 28 August 1995. See also Scott Cooper, « Western Aims in Ex-Yugoslavia Unmasked », The Organizer, 24 September 1995.

(36) Viviano and Howe, op cit.,

(37) World Bank, World Development Report 1991, Statistical Annex, tables 1 and 2, Washington DC, 1991.

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4 Réponses

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    novembre 11, 2012 à 5:42

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      décembre 25, 2012 à 12:41

  2. Je viens de découvrir votre blog et y suis arrivé grâce à votre contre-analyse de Soral. Et donc, je tombe sur cet article.
    Que de théories sur la fin de la Yougoslavie, toutes très alléchantes pour expliquer le démembrement de l’état chouchou de nos « élites » dans les années 70 et 80. Par contre, il n’est jamais fait allusion à une quelconque volonté populaire des croates ou des albanais à se séparer des serbes. Il me semble que c’est pourtant fondamentale pour obtenir une indépendance qu’il y est une volonté de se battre pour l’acquérire.
    Ceci dit, vous faites comme Soral, un raccourci dans ce conflit qui arrange bien cette théorie. En effet, parler de l’éclatement de la Yougo en faisant un saut dans le temps et ramener ce conflit uniquement à Izetbegovic et sa Bosnie ne permet pas de comprendre autrement qu’en adhérant à la dite théorie.
    Ce que Soral dans un langage « starwarsien » appelle l’Empire, les natios l’ont toujours appelés le Système, et ce Système est très pragmatique. Il a toujours soutenu les serbes (vieille histoire de solidarité franc-maçonne qui remonte à la création de la Yougo). Mais les serbes ne maitrisant pas la doctrine de guerre éclaire et pensant qu’ils auraient toujours les mains libres, se sont attaqués à Sarajevo, en y mettant le siège. Là, rien ne va plus et le Système change de camp. Si Izetbegovic avait déclarer le rattachement de la Bosna-Herceg à la Mére Patrie, la Croatie, alors pas de doutes que la « Communauté internationale » aurait continuée à soutenir Belgrade (l’embargo sur les armes n’étant qu’un soutien déguisé).
    Il faut également noté que contrairement à l’idée très répandue par les mêmes (Soral, Bataille, Colon etc…), bon nombres d’officiers nord-américains (Des USA ou du Canada), informés les serbes des positions croates. Tout dépendait du front, comme si ces nord-américains ne voulaient pas voir les serbes s’effondrés trop vite. De plus, dans le procès contre le général Gotovina, c’est un officier américain qui sera le principal témoin à charge alors qu’il fût le principal indicateur des serbes dans la région de Knin.
    Les Balkans n’ont pas finis d’être un sujet de disputes, entres habitants de cette zone, et j’en ai bien peur, entres français…

    mars 15, 2013 à 7:53

    • Bon, désolé pour le raccourci, je pensais que c’était suffisamment long. Je ne dit pas que les serbes sont tous blancs. Dans une guerre personne ne l’est. Quand aux volontés d’indépendances, elles ont évidemment jouées un rôle… Mais ce rôle a été stimulé à dessein. Tout cela ne remet pas en cause les racines profondes du conflit: immigration de masse (notamment des albanais) endettement du pays, restructuration, privatisation des biens publiques et promotion du multiculturalisme.

      Et puis, je laisserais la parole au général US, responsable OTAN au Kossovo, Wesley Clark:

      « La Politique de l’OTAN, c’était les albanais dedans, les serbes dehors »

      mars 15, 2013 à 5:17

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