LE BLOG QUI EN A RAS LE CUL – «Un peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur" De Gaulle

Le verre d’eau et l’océan

Croyez-vous que l’eau dans son verre s’ennuie ? Pas du tout. Qu’y a-t-il de plus charmant que de voir le temps passer à l’abri de sa muraille de verre dans la quiétude d’un cocon où l’imprévu n’a que la place qu’on lui donne, un imprévu encadré, gérer, circoncis, c’est-à-dire, au final, …absent ?

Aucune surprise ? Oh non ! Ce n’est pas vrai, et d’ailleurs, si l’on voulait… ah ! On verrait ce qu’on verrait ! C’est tout le paradoxe : le prisonnier se réfugie dans ses pensées pour y trouver une once de liberté, l’homme qui se croit libre évite de penser pour ne pas se voir prisonnier …ou alors juste pour éluder la question d’un revers de main entendu. C’est ainsi que penser le changement, c’est déjà presque le vivre. « Demain, je fais du sport, demain on part à la mer, demain je termine ma lecture… » et l’on retourne, rassuré, face à la télévision la console de jeu entre les mains. Ah ! Penser le changement, c’est si rassurant. C’est prendre les risques d’une vie virtuelle. Mais après tout qui s’en soucie ? A part, peut être ceux qui viennent déjà et qui devront subir tous ces demi-choix rassurants pleins de raison et de bon sens.

Voilà bien pourquoi, l’eau dans son verre à toutes les raisons de se sentir en sécurité : ne pas prendre de risques, c’est plus sûr. On finira par trimballer les bambins au bout de laisses. C’est plus sûr. L’eau dans son verre est plus sûre que l’eau stagnante du lac, plus mort que mort c’est plus sûr que sûr. Au moins mort, pas de sentiments, pas de peurs, pas de risques, tout va bien donc.

Derrière les murailles d’une morne langueur, l’eau dans son verre vit par procuration, et porte aux eaux des sources nouvelles les espoirs qu’elle se refuse à elle-même. Et les jours s’écoulent semblables aux autres avec la certitude de maitriser son destin.

Et si au final l’eau dans son verre ne maitrisait plus rien ? Si elle avait renoncée, abdiquée, laissée au verre le droit de lui imposer jusqu’à sa forme ? Si cette tranquillité n’était que subie, succession de bonnes décisions issues de bonnes idées prises d’après de bonnes intuitions… Toutes ces bonnes décisions, raisonnables, entendues, pesées, sous-pesées, pondérées…

Bien sûr, pour faire taire toutes les mauvaises langues, l’eau dans son verre vous montrera tout l’imaginaire dont elle sait faire preuve. Et elle a raison, rien de pire que de reconnaitre que l’on a baissé les bras. Alors elle prendra l’air enjouée vous montrant ses petits trésors (et on veut bien la croire, pour elle ils en sont). Regarde, qu’elle vous dira, le verre, ça peut servir de loupe. On peut lire son journal en grossissant les lettres ! C’est ingénieux ! Et puis, regarde ! Si tu met un pinceau dans un verre et on le voit « brisé » par la réfraction ! Qu’est-ce qu’on rigole… L’eau dans son verre est impayable.

Il y a bien longtemps, une jeune fille m’a dit que l’on riait pour ne pas pleurer.

C’est que la vérité est tout autre: le verre a su la mater cette flotte qui croyait que le monde lui appartenait et qui repoussait sans cesse les rivages du monde. Le verre, on le croit faible, stupide, insipide, on croit qu’il se brise facilement. C’est tout le contraire. Le verre il impose sa loi, il dicte ses exigences, et l’eau s’adapte, se tait, se soumet.

Quelle ironie. Car l’eau dans l’océan est tout autre.

L’océan qui se croyait si fort, il en reste bouche bée de voir l’eau dans le verre. L’eau, toujours, a su lui imposer sa loi à lui! Il a beau proposer des surfaces d’huiles sous un soleil de plomb ou des vagues déchirées sous des cieux embrumés, des bordures de glace ou des bordures de feu… Non, l’eau veut toujours plus et réclame avec arrogance des pans entiers de ses falaises les plus hautes. L’océan se croit une mission biblique. Il tend la joue gauche. Il donne de son sang.

Mais nul n’est Dieu, pas même l’océan. Alors dans un moment de doute, il prend peur. « Veut-elle ma mort ? » se demande t-il légitimement. « Qui d’autre agirait ainsi ? ». Il sait que l’eau, toujours insouciante a besoin de grandir, elle qui du haut de ses vagues se croit forte et adulte. Elle n’est forte que du vent qui la pousse. L’océan accepte tout, parce qu’il aime son eau, il l’aime libre, vivante, joyeuse, fougueuse, insouciante. Mais il est victime de ses largesses. Si bien qu’un jour, si une ile devait naitre de leur union, l’océan n’aura pas le courage d’avouer à l’eau sa première réaction à l’annonce de la nouvelle : et si l’enfant n’était pas de lui ? Elle qui si souvent alla s’allonger indécemment sur les mers et les lacs, courant nue le long des ruisseaux et des fleuves, s’assoupissant dans les bras des mangroves ou des banquises, librement et avec si peu de regrets. L’océan le sait, ce doute après tout est instinctif, stupide, infondée : l’eau aime éperdument son océan… mais elle l’a rongée au fil du temps, jusqu’au plus profond de sa roche.

Érosion.

Alors, l’eau face à cet océan qui doute est déçue, se sent trahie. Elle voit son monde de certitudes s’effondrer. L’océan lui refuser ses bras ? Non, impossible. Et pourtant… Elle se châtie alors elle-même de ses escapades insensées pour finir dans son verre qu’elle bénie d’exister. Fini les espaces sans limites, fini les espoirs d’un monde qui se renouvelle, qui cherche et n’abdique jamais. Fini les chercheurs d’or, fini les horizons de terres brûlées sous un ciel de plomb où les nuages aux ombres d’encre frissonnent, rayonnent, se courbent, se hantent, s’apprivoisent, se cherchent et se mélangent en une céleste et voluptueuse danse.

Fini ? Ah ! Non… Il suffirait seulement, pour que tout reparte, de jeter l’eau à l’océan…

J’en appel à tous les êtres doués de sentiments: jetez vos verres d’eau à l’océan !

Pourtant, nombreux sont ceux qui boirons leur verre d’eau, hommes de peu. Puis, ils iront la pisser au fond des chiottes après l’avoir pleinement savouré. Aucune dignité. Ils m’écœurent en s’avilissant dans leur égoïsme mesquin qu’ils dissimulent derrière son apparente banalité.

Et vous, flotte, puisque vous tenez a être pissée avec tant de concupiscence, jouissez donc de votre délectable médiocrité. Qui se contente du verre, ne mérite pas l’océan. « Celui qui sacrifie sa liberté pour sa sécurité, ne mérite ni l’une ni l’autre« . Chacun choisit son destin et juge de sa propre valeur à l’aune de ses exigences.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s