LE BLOG QUI EN A RAS LE CUL – «Un peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur" De Gaulle

La chute de l’Union Soviétique est pleine d’enseignements…

Petite conversation à Vilnius en Lituanie.

Elle – « Mais nous on n’avait rien, les magasins étaient vides, tu ne peux pas savoir ce que c’était ! »

Moi – « Tu sais, chez nous les médias en ont beaucoup parlé: les goulags, les pénuries, les heures d’attentes avec les tickets de rationnement, etc. Mais de votre coté, il y a une chose que vous ne savez pas, c’est que chez nous tout n’était pas rose ! On vous a montré les magasins de luxe des pays de l’Ouest mais pas les clochards dans nos rues. Vous n’aviez pas grand chose, mais chez nous certains n’ont rien. Mon père a vu pour la première fois une orange à Noël, tandis que ma mère recevait comme cadeau un crayon 4 couleurs. Entre voisins on s’offraient des boites de conserves des fruits et des légumes… En France il y avait des bidonvilles dans les années 60 et 70. Ils ont réapparus depuis la chute de l’Union soviétique… »

Elle –  « On nous a jamais montré l’Ouest comme ça… mais au moins vous pouvez vous exprimer librement ! »

Moi – « Eh bien, ce n’est pas si simple. Vous devez aussi savoir qu’en France, la télévision et la radio était sous monopole de l’Etat jusqu’en… 1981. De « 10000 à 100000 francs d’amende et jusqu’à un an de prison : voilà ce qu’il pouvait en coûter aux jeunes gens téméraires qui tentaient d’émettre sans autorisation de l’État dans les années 1970 ! »

Elle – « Ah mais c’est pas ce qu’on nous a raconté ! »

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Extraits de « Gazeta Wyborcza » traduit dans Courier International du 28 janvier 2010.

En 1989, un jeune reporter installé à Varsovie sent que le pays vit de grands changements. Étonné, il observe la transformation capitaliste de la société polonaise: (livre à lire). Extraits de son journal lors de la chute de l’empire soviétique:

22 Octobre 1989. La radio raconte qu’un gars de Poznan, 33 ans, s’est suicidé parce qu’on l’avait licencié. Il laisse une femme et un enfant de 2 ans. Une fonctionnaire: « même les chômeurs ont peur de prononcer ce mot, ils préfèrent se déclarer « inactifs » ». J’appelle chez moi, mon père me dit  que c’est comme à Katyn: les meilleurs vont payer de leur vie tous ces changements. Un voisin, à Varsovie, dit le contraire. Les faibles vont tomber, comme les feuilles mortes. « Les plus forts restent, la société n’en sera que plus saine. »

15 mars 1990. Hanna Krall [reportrice et écrivaine, à l’époque chef du service reportage à Gazeta Wyborcza] nous dit qu’il y a un sujet pour nous. Le metteur en scène Tikow lui a dit que le directeur d’un hôpital psychiatrique a dû licencier 25 personnes, puis est devenu fou lui-même.

16 mars 1990. Aux toilettes publiques, j’ai acheté de la crème pour le café, ou du lait, peut être. En poudre. La dame pipi en vend – ce sont des petites capsules de couleur marron. Je ne sais pas ce que c’est exactement, je ne comprends pas la langue sur l’emballage – du néerlandais -, mais ça se dissout très bien. Aurius en prend deux, pour sa femme. Il dit qu’en Lituanie on ne trouve du lait que sur ordonnance. « Chez nous personne ne croyait en Lénine. D’ailleurs comment croire en lui si je ne peu acheter une pomme pour mon enfant que deux fois par semaine ? dit-il. Et chez nous se sera comme chez vous ? » rêve t-il. Et pourtant c’est la merde. C’est ce que dit tout le monde, partout. A la télé: les prix ont augmenté de 1360 % par rapport à février l’année dernière !

23 avril 1990. Irena a entendu les propos d’une ouvrière: « J’ai montré à ma fille toutes ces saucisses dans la vitrine. Pour l’instant, ont ne peut que les regarder, mais notre tour viendra aussi. »

1 juillet 1990. Je suis à Zlotoryja. Aujourd’hui, le gaz augmente, comme les timbre-poste et la redevance télé. 50%, 80%, 100%. « Holocauste » dit ma mère.

2 juillet 1990. A la rédaction, PERSONNE ne doute que la chute du communisme a été une bonne chose. Mais une fois dehors, je suis rattrapé par les doutes des autres.

6 septembre 1990. Chez mes parents, j’ai la collection complète de Reporter et de Konstrasty. Deux journaux de reportages. Qu’en reste t-il aujourd’hui ? Il n’y en presque plus d’interviews avec des professeurs sur la démocratie, la transformation, l’inflation. Les seuls reportages parlent de la réincarnation, des sectes et des assassinats.

21 septembre 1990. Hanna Madra [de Gazeta Wyborcza] me transmet une lettre d’une employée de l’Académie des sciences. L’institutrice de sa fille a séparé les enfants en deux groupes, ceux « du bon Dieu » et ceux qui ne le sont pas. Elle a dit à deux enfants de 9 ans qu’ils ne sont pas des « enfants du bon Dieu » parce qu’ils ne suivent pas le catéchisme. « Allez demander au prêtre de vous accepter à son cours, vous, les enfants du péché. Sinon, vous allez attraper une maladie grave. »

3 octobre 1990. Lidka Ostalowska [journaliste à Gazeta Wyborcza] a vu un grand graffiti en province: « Communisme, reviens ! » A vrai dire, je me suis senti bizarre. Comme si c’était la pire nouvelle de l’année. Comme une claque. « Le tabou est tombé« , dit Lidka (elle a des phrases qui tuent) « Le tabou est tombé« , répète-t-elle. Et elle ne dit plus rien.

9 janvier 1992. Je vais à Mlawa. J’ai regardé les vieux numéros de Gazeta Wyborcza sur le pogrom survenu il y a six mois. Un jeune tzigane a provoqué un accident de voiture, tuant un jeune homme, sa fiancée est handicapée à vie. Les gens ont détruit 17 maisons tziganes et vandalisé on ne sait pas combien d’appartements. Les destructions se sont poursuivies sur deux jours. Vingt et un polonais sont en prison. Mlawa est devenu un slogan. Symbole des pires choses de cette nation.

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Aujourd’hui ? « Comment les pauvres peuvent devenir plus pauvres sans protester » publie Reuters le 9 février 2010 au sujet de la Lituanie.

La solution proposée est bien connue et depuis longtemps éprouvée: brader la souveraineté nationale au FMI (et à l’Europe) qui dicte les impératifs budgétaires. Les trois états Baltes mettent leur population dans le presse citron en obéissant aux instances internationales. Ils laissent ainsi leur peuple dans les bras de la charité religieuse comme de plus en plus de pays appauvris:

« Jusqu’à présent, les personnes des anciens États soviétiques ont été rigoureusement stoïques, à part une explosion isolée de protestation en Lettonie en Janvier 2009. De nombreux Baltes émigrent pour chercher du travail ou restent finir leur jours tranquillement à la maison, donc ceux qui restent ont tendance à se rappeler l’époque soviétique quand ils ont fait la queue pour rien. »

« Moody’s [l’agence de notation] a dit le Février 4, qu’augmentait le risque lituanien de placement obligataire et baisse sa notation au grade BBB« .

« La Lettonie a dû faire des coupes dans ses dépenses pour garantir un renflouement de 7,5 milliards d’euros provenant du Fonds monétaire international et l’UE. »

«  »Nous ne serions pas en mesure de survivre physiquement sans ces paquets de produits alimentaires« , dit Garniene, une mère lituanienne de l’aide qu’elle reçoit du secours catholique Caritas. »

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Ne manquez pas la sortie du Film (mars 2010) issue du Best-seller de Naomi Klein « La Stratégie du Choc » (le mieux c’est encore de le lire) ou comment l’assujettissement économique des masses est réalisé grâce à instrumentalisation des situations d’urgences (attentats terroristes, raz de marrée, etc…) depuis les dernières 40 ans à travers le monde (Russie, Pologne, Irak, Afrique du Sud, Chili, Bolivie…) par une oligarchie financière qui transfère ses fonds aux plus obéissants et les retire aux autres. Le film sera présenté au Festival du film de Sundace.

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